Sur le chemin commun du patrimoine

Lundi 5 septembre 2016

Poya. Le Mois du patrimoine est officiellement lancé depuis samedi en province Nord et en province Sud, depuis le site de Kradji. Un public intéressé et curieux s’est laissé conter ces histoires d’hier par des intervenants passionnés.

Chemin commun du patrimoine
Tribu de Montfaoué, samedi 3 septembre. Guillaume (avec le chapeau), qui guide habituellement les visites payantes du site de pétroglyphes, a un sourire contagieux et livre volontiers sa « version » sur le sens de ces inscriptions rupestres. Photos C. H. et Richard Octobon

Un patrimoine pluriel, réparti entre les provinces Nord et Sud, mais qui est commun : c’est le message, en résumé, qui a été répété à l’occasion du lancement du Mois du patrimoine. Celui-ci est organisé conjointement, pour la première fois, par la province Sud et par la province Nord. Pour la maire Yasmina Metzdorf, la commune à cheval sur la limite provinciale était la mieux placée pour incarner cette réunion.

Toute la journée, le site de Kradji a vécu au rythme d’animations plurielles : ateliers menés par le département Recherche et patrimoine de l’ADCK, musique jazz ou chant choral, danses traditionnelles de Houaïlou, tressage par les femmes de Poya, rodéo. Une quinzaine de stands de restauration, tenus par des habitants de la commune qui avaient préparé des bougnas et des poissons, ont également accueilli les visiteurs venus pour découvrir deux sites exceptionnels : le château Escande, dans le col de Muéo, et le site de pétroglyphes de la tribu de Montfaoué.

Le mystère des pétroglyphes

La visite se fait avec Guillaume, monté à bord du bus une fois arrivé à la tribu. Il connaît le site comme sa poche et guide gaiement dans le champ habituellement brouté par du bétail, jusqu’à la forêt de niaoulis qui surplombe un creek. Là, les pétroglyphes sont éparpillés. L’homme livre sa « version Guillaume » de cet art rupestre : « Pour moi, les pétroglyphes sont des cartes suivant les eaux sacrées de la région. Ces gens ont fait des cartes des eaux sacrées. » Ce système serait en rapport avec le soleil, autre « source de vie » avec l’eau, et aussi en raison de la géographie : « Ajïe est là où se lève, là où se couche le soleil. »

Des soleils, que l’on retrouve sur d’autres sites de pétroglyphes, sont gravés en nombre, mais aussi des croix.

Guillaume raconte qu’il a longtemps réfléchi au pourquoi, au comment, à l’origine de ces inscriptions encore mystérieuses. Il parle de la nuit, de sa culture, de ses ancêtres, le temps lui manque pour expliquer au groupe en quête de réponses.

Le site de Montfaoué est de toute beauté. Les rochers gravés sont disséminés jusqu’à proximité d’un creek, à l’ombre des arbres. Là, Eloi Meureu-Yari, enquêteur culturel au pôle oralité de l’ADCK, à Koné, autre accompagnateur de cette visite, montre un pan de roche scarifié. Il joint le geste à la parole : « Les hommes aiguisaient les lames de leurs outils après les avoir trempées dans l’eau de la rivière » Son nom ? « Wiri yi e a, Wiré yu à, homme écrire parlé », traduit le collecteur.

Une collaboration à suivre ?

Pièce de patrimoine moins mystérieuse, mais qui n’en aiguise pas moins la curiosité : le château Escande, visible depuis la RT1, dans le col de Muéo. La demeure, privée, est entourée de magnifiques arbres et garnie de deux tours crénelées à meurtrières. Un cas unique en Nouvelle-Calédonie, affirme Claude Metzdorf, « amoureux de l’histoire de [sa] commune ». Il est en verve pour raconter l’histoire et les transformations de la bâtisse au gré des changements de propriétaires.

Sur le pourquoi de cette particularité architecturale datant d’Alexandre Escande, pas d’explication certaine, comme sur le départ de cet ancien commandant de l’armée de Nouméa, où il était arrivé en 1874, pour Poya. « On le retrouve ici deux ans plus tard. Je suppose qu’il a quitté l’armée pour l’élevage », avance Claude Metzdorf.

Comme souvent, l’historien tisse des liens, commence d’autres histoires d’autres lieux, comme celle de l’ancienne gendarmerie voisine du château Escande, localisée aujourd’hui de l’autre côté de la RT1. La suite pour un prochain Mois du patrimoine à Poya ?

Du côté des organisateurs provinciaux, satisfaits de cette première, on espère en tout cas que d’autres chapitres d’un Mois du patrimoine organisé conjointement par les deux provinces s’écriront.

Céline Houillon

Les Nouvelles Calédonniennes